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De l’expérience de vie à la décision d’écrire un livre …

Tout a commencé en 2012.
Je travaillais auprès de migrants.
Je leur enseignais le français.
Je faisais de mon mieux.
Au début de mon contrat il m’est arrivé de noter sur un coin de page de mon agenda une ou deux anecdotes relatant ce que je vivais. C’était tellement étonnant ! Je ne savais pas si on allait me croire. Au fil du temps, j’ai tenu comme un mini-journal de mes folles journées en compagnie de ces gens venus d’ailleurs, de leurs vies bouleversées, de leur lourdes valises. Certaines notes se sont transformées en paragraphes construits, puis en articles. Mes lecteurs étaient rares; souvent des proches qui voulaient en savoir davantage sur mon métier et à qui écrire m’était plus aisé que parler. À cette époque, tous m’avaient suggéré d’écrire davantage. Ce à quoi je répondais par un sourire incrédule.
Un jour, une association m’a proposé d’intervenir lors d’une journée de réflexion sur l’accueil des migrants. C’était en 2017. J’ai aussitôt pensé que c’était le bon moment pour donner à lire mes petits textes. J’avais particulièrement soigné six d’entre eux que je conservais ensemble. Ce fut l’occasion pour moi de les mettre en page et de les imprimer en un fin livret. Au cours de cette intervention, j’en ai fait une lecture à voix haute, empreinte de l’émotion intacte resurgie de mes cours passés. Le public fut touché. Désormais je nommerais ces textes « mes extraits », bien qu’ils ne furent extraits de rien du tout !
En 2021, je crée la Diligence experte. Ma petite entreprise offre ses services de relecture et correction aux professionnels comme aux particuliers. Je relis et je corrige des ouvrages sur le point d’être publiés. J’admire la persévérance des auteurs et je me laisse contaminer par leur joie d’achever un projet qui leur tient à cœur.
Relire les textes d’autres, les aider à structurer leurs écrits, à trouver la formule adéquate. Ce métier me passionne et réveille en moi un goût prononcé pour l’écriture. Je me rappelle alors un atelier d’écriture auquel j’avais participé en 2004, ainsi qu’un recueil de nouvelles rédigé en 2005. Ce que j’aime écrire ! Oserais-je ?
Je me replonge dans « mes extraits » et je retrouve d’autres bribes rédigées la même année. Je me revois dans ma classe, les apprenants défilent devant mes yeux … c’est là, tellement proche. Je suis émue.
À la même période, la vie met sur ma route les livres de Philippe Claudel. J’en lis, je les dévore. Et je marque un temps d’arrêt. Je viens de terminer Le bruit des trousseaux. Incroyable. La forme choisie est surprenante : une suite d’anecdotes d’un enseignement auprès de détenus, d’improbables rencontres, un enseignant changé par ceux qu’il côtoie…
La décision est prise : j’écrirai mon expérience auprès des migrants. Je coucherai sur papier leur brouhaha. Je toucherai le lecteur en ne décrivant que la réalité brute.
En suis-je capable ? Suis-je légitime ?
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